La Maison Montanrouge

Lors de la publication du troisième tome du Dictionnaire carougeois consacré à l'urbanisme et l'architecture, les deux maisons mitoyennes, la maison Montanrouge, qui abrite depuis vingt ans le Musée, et la maison Delafontaine, ont fait l'objet d'une étude approfondie par Catherine Courtiau.

Celle-ci nous permet de parcourir l'histoire du bâtiment qui a conservé en partie son caractère original, typique de l'architecture des maisons qui constituent aujourd'hui le "Vieux Carouge". L'évolution de ces deux bâtiments est étroitement liée, en particulier depuis qu'ils sont la propriété de la Ville de Carouge.

La maison située à l'angle de la place de Sardaigne et de la rue Jacques-Dalphin est appelée aujourd'hui encore "Demontanrouge", du nom de son maître d'ouvrage et premier propriétaire, Jean Antoine Demontanrouge, horloger royal, qui la fit construire entre 1788 et 1790, sur une parcelle acquise en 1787. Elle est contiguë à la maison de Claude François Delafontaine, érigée entre 1789 et 1792 sur la parcelle que ce notaire et procureur royal avait achetée en 1789.
 
Construite selon l'Ordonnance de 1787 rédigée par Lorenzo Giardino, architecte officiel de la Ville de Carouge, qui définissait entre autres des façades types avec un choix de modèles et un gabarit strict (un étage sur rez), la maison Demontanrouge semble ne pas avoir été achevée dans son ensemble.
En effet certains éléments architecturaux de la façade donnant sur la place de Sardaigne ne respectent pas l'Ordonnance de 1787. De même, le petit édicule adossé à la maison Delafontaine et donnant sur le jardin, semble inachevé.
 
Côté jardin, la coursive du premier étage et son équivalent du rez-de-chaussée étaient ouverts vers l'extérieur et ce n'est qu'en 1938 qu'ils ont été murés et qu'un balcon a été créé au premier.
C'est en 1824 que le premier changement de propriétaire a eu lieu. Suite à un litige familial, la maison Demontanrouge a été vendue aux enchères publiques et revendue à François Sébastien Demontanrouge, qui à son tour la céda en 1825 à Jean Georges Mussard, tout en restant locataire de ses appartements.
 
Au début du XXème siècle, c'est entre autres grâce à une carte postale et à de nombreux témoignages que l'on apprend que la maison Demontanrouge a abrité un pensionnat de jeunes filles affilié à l'Ordre des soeurs de Saint-Joseph de Cuneo, placé sous la direction de Mademoiselle Dusseiller.
Vers 1911, la maison a àtà achetée par Clément Coppier, faïencier à Carouge, déjà propriétaire de la maison Delafontaine.
 
En 1938, la maison a été revendue au docteur Henri Oppikofer qui y installa ses appartements ainsi que son cabinet de consultation. C'est en 1977, après le décès d'Henri Oppikofer qu'une promesse de vente concernant la Maison Demontanrouge a été signée avec la Ville de Carouge, déjà propriétaire depuis 1949 de la maison Delafontaine.
Cette dernière avait déjà subi des transformations sous la direction de l'architecte Marcel Burky en 1967-68 afin d'accueillir la Bibliothèque municipale, une garderie d'enfants, la salle du Conseil municipal et, sous les toits, la Galerie Delafontaine.
 
C'est finalement en 1980 que d'importants travaux d'aménagements intérieurs ont été entrepris par l'architecte F. Willy Lups du bureau Beric SA, afin de permettre l'extension de la Bibliothèque municipale sur tout le premier étage et l'installation du Musée au rez-de-chaussée.
Bien que la Bibliothèque ait quitté le bâtiment en 1998, les maisons Demontanrouge et Delafontaine demeurent aujourd'hui encore un lieu privilégié de la culture à Carouge, abritant entre autres le Service des affaires culturelles et de la communication de la Ville de Carouge et le Musée de Carouge.